Une institution et des professionnels aux prises avec la maltraitance, entre représentations et pratiques

Professionnels

1.   Origine du projet :

  Après avoir travaillé 18 ans à l’école expérimentale de Bonneuil, j’ai intégré la Fondation « Les Orphelins Apprentis d’Auteuil » en 1992, alors comme responsable de la formation des éducateurs. J’ai occupé ce poste jusqu’en 1997, date où, à la faveur de l’arrivée d’une nouvelle direction générale, une nouvelle organisation a été mise en place : les 3 métiers (éducation, enseignement, insertion) ont été regroupés au sein de la « Direction de l’accompagnement des jeunes » et j’étais chargé de la coordination des métiers de l’éducatif. J’intervenais donc auprès des équipes, des cadres intermédiaires, directeurs (animation des réunions nationales) Les thèmes abordés étaient : les difficultés des jeunes, la violence, la personnalisation des parcours des jeunes (alternatives à l’exclusion) la professionnalisation des écrits…   Suite à une inspection IGAS en 1999, la Direction générale a été interpellée sur le fait que les jeunes étaient décrits par les professionnels comme « de plus en plus durs ». L’inspection a également souligné la forte rotation du personnel en posant la question de la préparation à affronter les difficultés et de la connaissance par la DG des incidents. Il m’a été demandé de créer un dispositif d’observation des incidents, accidents et infraction graves. Celui-ci était calqué sur SIGNA de l’Éducation nationale. L’objectif était de sortir du traitement autocratique pratiqué en local par les chefs d’établissement et de nommer les faits pour permettre au personnel de passer d’une « violence ressentie » à une description plus précise des faits et à une tentative de les évaluer de manière plus « objectivable » c’est-à-dire constatable par plusieurs personnes et selon des critères légaux.   Il s’agissait, sous la pression extérieure, (montée des dispositifs de prévention de la maltraitance des violences institutionnelles et obligations de signalements) de modifier une culture faite de honte et de secret avec traitement interne par déplacement des personnes. Les interventions de sensibilisation dans l’ensemble des équipes ainsi que les conseils et interventions lors d’incidents graves (mettant en cause des adultes et des jeunes) ont confirmé l’importance de la « souffrance » des équipes et des conduites parfois problématiques des professionnels en direction des jeunes.        

2.   Argument et hypothèses :

  La motivation de ce projet de travail vient de là : Comment faire évoluer la culture professionnelle dans une organisation complexe ? L’hypothèse de base est classique : Des jeunes maltraités en difficulté avec les limites, la violence physique et l’abus sexuel, sont (dé) placés en institution. Cette institution a une mission de protection. Ils y apportent leurs questions (limites violences, abus) et mettent à l’épreuve les professionnels et les cadres institués. Cela suscite chez les professionnels et dans les organisations des formes d’angoisse et la mise en place de mécanismes de défense qui sont autant de moyens et d’obstacles au travail avec les difficultés présentées par les jeunes. Comment permettre la non-répétition du pathogène en institution ? L’hypothèse se centre sur les représentations qui traversent les équipes et l’organisation au sens de représentations sociales qui catégorisent la « réalité » et fondent des choix pratiques. Il s’agit selon les modèles de Barus Michel et Enriquez et les vôtres d’analyser une pluralité de dimensions qui vont du plus personnel (singulier) au plus social voire sociétal.   « La démarche nécessite que soit prise en compte, non seulement l’organisation affective du sujet, mais la façon dont celle-ci s’est investie dans des procédures, des rôles, des statuts et les modalités de pouvoir et de relations qu’ils impliquent, des règles de fonctionnement, des normes, des valeurs, et des imaginaires institués. Ceux-ci sont considérés à l’œuvre c’est-à-dire non seulement comme relevant des structures et des systèmes sociaux extérieurs aux personnes mais surtout dans la manière dont chacun, individuellement ou en groupe, s’en saisit pour construire son identité professionnelle… L’approche est psychosociale, en ce sens qu’elle intègre une lecture plurielle des différents déterminants qui forgent les situations et leurs connexions. »  

Philippe PETRY

Contactez-moi dès maintenant par e-mail à philippe.petry@gmail.com ou par téléphone au 06 45 57 71 06 pour programmer un appel découverte.